Remarques sur l'article
"les bromes* en extension dans les céréales"
de JAUZEIN, VACHER, BLONDLOT & CITRON, 2000
paru dans le n° 259 (p 82-92)


Quelques problèmes relevés dans cet article méritent d'être discutés pour éviter des erreurs de raisonnement sur les causes et les mécanismes "d'extension", et par conséquent sur les perspectives de lutte proposées.

Ce n'est pas parce que jusqu'à voici environ un an, les herbicides des céréales étaient peu ou pas efficaces sur les brômes que ces mauvaises herbes ont augmenté d'importance depuis 10 ans.

"autrefois considérés comme peu nuisibles et localisés aux milieux rudéraux" :
Ce n'est pas vraiment l'avis des malherbologistes et botanistes du début du XXème siècle, pour la France au moins :
Dans leur traité de malherbologie des cultures, MENAULT & ROUSSEAU (1902) indiquent :
- "le brôme mou est très commun, surtout dans les prairies artificielles..."
- B. secalinus : "très répandue dans les champs cultivés, les prairies et surtout les champs de seigle"

  l'écologie de Bromus s.s. dans les "flores" de France métropolitaine du début du XXème siècle :
COSTE (1906) ROUY (1913) FOURNIER (1940)
B. secalinus moissons champs et prairies  moissons
B. arvensis champs et lieux arides moissons, bords des chemins, prairies, surtout des terrains calcaires moissons, lieux arides
B. racemosus prés, chemins, surtout calcaires  moissons, bords des chemins, prairies, surtout dans les terrains calcaires  prairies, surtout calcaires
B. commutatus lieux cultivés et incultes  moissons et lieux boisés  champs frais, surtout de Légumineuses
B. hordeaceus et assimilés lieux cultivés et incultes bords des chemins, champs, prairies et pâtures, lieux arides lieux cultivés et incultes

"dépréciation de la récolte" :
C'est vrai pour B. secalinus qui a entre autre un poids spécifique plus faible que les céréales.

Bromus secalinus "autrefois très nuisible, ce brome est maintenant en voie d'extinction" :
Cette espèce figure parmi les anciennes plantes cultivées recensées au Conservatoire Botanique National de Nancy.
Depuis les primes P.A.C. à la surface et la baisse du prix du glyphosate, une réaugmentation (par plusieurs mécanismes) est observée en Bretagne par nous-mêmes (en 2000 des parcelles n'ont pu être récoltées, Bromus secalinus étant versé et plus abondant dans la trémie que la céréale), en Lorraine (Guy SEZNEC, Conservatoire Botanique National de Nancy, com. pers.).

"il ne peut survire que si l'agriculteur recycle, de façon traditionnelle et quasi ancestrale ses propres semences. Le tri des semences est suffisamment perfectionné" :
D'après des essais de plusieurs trieurs pour diverses espèces de céréales, seulement les 3/4 sont retirés à chaque passage.
La réaugmentation peut être liée à ce qu'il bénéficie de négligences dans le tri des semences fermières et dans le labour. Cette espèce qui a un potentiel biotique bien supérieur aux céréales (peut-être 10 fois ; comme indiqué "un pied de brôme peut produire jusqu'à 500 graines"), se comporte surtout en mimante en présence de labour, et en non mimante en techniques culturales simplifiées (les petits caryopses des sommets des épillets sortent derrière la moissonneuse, les plantules dont ils sont à l'origine ne sont pas détruites par le labour en techniques culturales simplifiées et peuvent provoquer de graves infestations en l'absence de précautions de substitution au labour).

- "houlque laineuse" : "cette plante prairiale reste cantonnée à la bordure des champs et ne pénètre jamais dans la parcelle" :
En techniques culturales simplifiées en conditions pédoclimatiques humides, c'est une redoutable mauvaise herbe (à l'origine de parcelles non récoltées en 2000, pourtant traitées au glyphosate en septembre 1999) qui se reproduit bien par graines en cas d'utilisation du glyphosate.

- "les bromes dangereux pour les cultures sont tous des plantes annuelles d'hiver" :
Les brômes ne sont ni tous annuels, ni tous exclusivement d'hiver. Trois espèces pérennes sont citées dans le tableau I (sec. Flora Europaea).
Les espèces fourragères (Ceratochloa) sont connues pour être difficiles à détruire après leur culture.
Si les brômes tallent moins en levée de printemps en moyenne certes, cela ne les empèche pas de se développer ; voici 2 exemples : le Jardin Botanique de la Ville de Rennes réalise ses semis vers mars et Bromus secalinus peut pousser en céréales de printemps (l'infestation progresse probablement moins vite qu'en semis d'automne).

"dissémination des semences en mai-juin" :
C'est vrai pour la plupart des espèces annuelles mais pas pour Bromus secalinus qui, en l'absence de moisson, garde ses inflorescences mûres complètes jusqu'à l'automne.

"dans l'état actuel des connaissances, il est illusoire de vouloir prévoir les levées" :
Cela dépend de ce qui est entendu par là. Des espèces comme Bromus secalinus, dans l'ouest lèvent vers septembre, dès qu'il y a des pluies conséquentes après la moisson, ou dès que le déchaumage mécanique est réalisé ; le niveau de ces populations dépend de celles qui ont fructifié dans la dernière céréale. Quel est le type de modélisation (sensée faite à partir d'une observation au champ en reliant les densités de plantules et la population ayant fructifié l'année même, les calendriers de levée et les pratiques culturales) tenté et ayant échoué ?

"les travaux superficiels favorisent des levées importantes et donc une réinfestation de la parcelle" :
Les préconisations de Monsanto avant "l'antibrôme" étaient un déchaumage mécanique après moisson pour favoriser les levées, et une destruction des plantules avant l'implantation de la nouvelle culture. C'est généralement le but du déchaumage en matière de plantes annuelles fructifiant avant la culture.

"un labour trop profond, au dela de 25 cm, peut permettre semble-t-il la constitution d'un stock semencier" :
Quels sont les arguments ou les observations allant dans ce sens ? s'agirait-il d'un labour aussitôt la moisson sans déchaumage mécanique préalable ?

"un entretien régulier des bordures de champ qui doivent être broyées ou fauchées chaque année" :
C'est vrai s'il y a des bromes et si les pratiques culturales y sont favorables dans la parcelle adjacente. Si les bordures ne sont jamais broyées ni fauchées, les brômes annuels ont tendance à être absents ou presque des bords de champs, alors dominés par des plantes pérennes.

"la limitation de la dissémination des graines de bromes à la récolte en récoltant les zones infestées en dernier" :
Dans le but de les envoyer dans la parcelle suivante ? en période de moisson, les agriculteurs disposent généralement de peu de temps pour nettoyer l'intérieur de la moissonneuse entre 2 champs. Si la moissonneuse ne peut être entièrement nettoyée entre 2 champs (en particulier avant d'aller dans un champ indemne), il faut justement commencer la parcelle par les zones les plus infestées en espèrant que la machine soit nettoyée par les zones propres (qui de toute façon subissent les disséminations provoquées par les autres pratiques culturales).

"éviter d'utiliser des semences de ferme provenant de parcelles infestées par le brome" :
- C'est en contradiction avec ce qui a été dit à propos du tri,
- La plupart des espèces, sauf Bromus secalinus, ont leurs caryopses tombés à terre avant la récolte du blé.

"le sulfosulfuron, la nouvelle matière active de Monsanto, a un niveau d'efficacité intéressant" :
Mais on connait des développements rapides de populations résistantes.

"dans tous les cas, il s'agira d'appliquer un herbicide non sélectif juste avant le semis" :
On peut choisir tout simplement de les détruire par une méthode non chimique, telles que les pratiques mécaniques traditionnelles.
 
* Rappelons que les brômes (Bromeae) sont des Gramineae à inflorescence pyramidale, simple ou ramifiée, à insertion distique, à entre-noeuds selon une suite géométrique, à épillets pluriflores à lemmes chlorophylliennes, de longueur identique à la glume supérieure, à ovaire surmonté d'un appendice (velu, situé sous l'insertion des stigmates) d'environ 1 mm.

Daniel Chicouène


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