Remarques sur l'article
"RAISONNER LA LUTTE CONTRE LES CHARDONS DES CHAMPS
A L'ECHELLE DE LA ROTATION"

de BLONDLOT & VERDIER, 2000, paru dans le n° 259 (p 93-98)

Cet article, de lecture ardue, propose de fonder la lutte sur des herbicides. Quelques remarques sur la pertinence des arguments avancés par les auteurs peuvent toutefois être apportés sur la biologie de l'espèce et sur les méthodes mécaniques entre autres, comme alternatives à une lutte uniquement chimique.

Introduction :
A propos de la nuisibilité dans les céréales, il est possible d'ajouter en particulier l'obstruction des grilles de moissonneuse par les inflorescences jeunes et l'obstruction des radiateurs de moissonneuse par les aigrettes (fertiles et stériles). L'allélopathie et la compétition pour la lumière ne sont pas évoqués ; nous reviendrons sur ces aspects plus loin.

Biologie :
La biologie de la plante comporte plusieurs ambiguïtés :
Une bibliographie du XIXème siècle à propos des organes souterrains de Cirsium est mal assimilée (plusieurs confusions).

"les rhizomes souterrains" et "les bourgeons adventifs situés sur les rhizomes" :
Il faut s'entendre sur les termes ; par définition, les rhizomes sont des tiges et en ce sens ils portent des bourgeons axillaires et un bourgeon terminal ; les racines de cette espèce produisent des bourgeons adventifs qui se développent en une tige orthotrope (d'abord souterraine évidemment) que certains auteurs appellent "rhizomes" par extension de la notion. Certaines autres espèces prairiales de Cirsium se propagent par des rhizomes (dans le sens habituel de tiges plagiotropes souterraines) font défaut chez cette espèce. La lutte contre une estivale ne s'envisage pas de la même manière selon qu'elle se propage par des rhizomes (produits à une saison limitée par rapport aux saisons de végétation) ou par des racines (produisant secondairement des bourgeons adventifs).

"descendre jusqu'à 6 mètres de profondeur" :
Peut être que cette profondeur extrême existe dans certains cas exceptionnels mais ce qui est important c'est qu'en sol sain, labouré régulièrement, l'essentiel des racines secondairement tubérisées est situé sous la couche labourée.

"certaines pousses sont femelles et d'autres mâles" :
La fertilité femelle dépend beaucoup du clône et certains auteurs considèrent même cette plante comme dioïque bien que les fleurs portent simultanément un gynécée et un androcée, mais l'un est peu ou pas fonctionnel dans certains cas au moins. Ce qui est important c'est que certains clônes ne forment pas de graines normales (mais ils peuvent quand même produire des aigrettes surmontant un hypanthium plus ou moins avorté).

"capacité de régénération est d'autant plus limitée que le fragment de rhizome est petit et enfoui profondément dans le sol (figure 2)" :
La figure 2 fait référence à HAMDOUN, 1972, qui travaille sur des morceaux de racines. Et telle que cette référence est introduite, 2 questions viennent logiquement à l'esprit du lecteur :
- comment fragmenter à 6 m de profondeur ?
- comment enfouir encore plus profondément ces organes ?
Ces questions n'ont évidemment pas lieu d'être.

L'hivernage de la plante n'est pas abordé ; ce serait pourtant utile.

Lutte :
"la lutte mécanique n'est pas adaptée à la biologie du chardon des champs..." :
Et comment font ou faisaient les agriculteurs n'ayant pas recours à la lutte chimique ?

"la destruction de pousses de l'année déclenche un redémarrage immédiat à partir des bourgeons adventifs" :
Oui, c'est un principe élémentaire de la lutte mécanique contre une telle espèce, il a été précisé au début du XXème siècle et repose sur l'épuisement des organes de réserves très profonds.

"le fractionnement et le déplacement des rhizomes avec des outils à disques..." :
Les outils à diques (type cover-crop ?) ne fragmentent guère, ni ne déplacent des organes plagiotropes situés bien au dessous de leur profondeur de travail ; la logique de la lutte mécanique avec des passages à peu de cm de profondeur en saison de végétation est de priver les organes souterrains de relation avec le feuillage.

"la technique du faux semis à l'interculture n'est d'aucune utilité" :
Je ne parviens pas à comprendre le raisonnement.

"les techniques d'implantation avec labour défavorisent le chardon en enfouissant les fragments de plantes en profondeur" :
Le labour peut enfouir le feuillage à quelques dm mais même si le feuillage reste en surface il meurt (à partir du moment où il est coupé). Un intérêt du labour est de couper les tiges orthotropes en profondeur s'il est pratiqué en période de végétation, et donc les organes situés en dessous s'épuisent plus à produire de nouvelles pousses aériennes.

"veiller à l'environnement des parcelles en broyant les jachères avant la grenaison" :
Si le clône produit des graines, peut-être, mais s'il est mâle, c'est très discutable : on peut considérer qu'une seule fauche par an avant maturité évite l'utilisation de réserves pour la production de fleurs et en même temps risque d'augmenter la propagation végétative.

"juste avant le stade 2 noeuds de la céréale, la quasi-totalité des chardons sont levés et la systémie descendante vers les parties souterraines est déjà bien amorcée" :
Ceux qui fleurissent dans la culture sont levés mais la nuisibilité par "compétition entre la culture et les adventices pour les éléments nutritifs et l'eau" est probablement déjà bien engagée ; un intérêt de ces pratiques est probablement de remédier à la nuisibilité par rapport à la machine qui récolte.
Avec les herbicides de type "hormone" le but est d'épuiser les réserves par la pousse des organes aériens, pas de détruire les organes souterrains directement.

"appliquer des herbicides non sélectifs à l'interculture (glyphosate, sulfosate)" :
Il est important de vérifier leur efficacité sur cette espèce et de comparer au dicamba ou à leur association.

"la taille importante de cette adventice et son développement en foyers permettent de réaliser des traitements localisés" :
D'une part "les foyers" dépendent de l'âge de l'infestation dans la parcelle.
D'autre part, les plantules de l'année ne sont pas "en foyers" et sont de hauteur réduite. C'est-à-dire que si l'on ne désherbe que les "foyers", on laisse les plantes de première année s'installer et produire leur système racinaire pour infester largement l'année suivante.

On peut parfaitement envisager, comme celà se pratiquait autrefois, une lutte mécanique (il existe une abondante bibliographie de la fin du XIXème et du début du XXème siècle) et une lutte culturale (non abordée ici) raisonnées sur la base d'un minimum de prise en compte des connaissances sur la biologie et des expérimentations anciennes concernant sa destruction. Quant à la lutte biologique, les quelques études qui ont eu lieu ces dernières années en Bretagne ne sont pas suffisantes pour faire des propositions concrètes de lutte en cultures annuelles.

Daniel Chicouène


retour page d'accueil "plantouz"