Généralités sur la phytosociologie.Plan de cette page :
Daniel Chicouène "dc.plantouz"
1) Définition et objets de la phytosociologie.. Définitions :
Lecoq (1854-1858) l'a surtout appliquée au Massif Central (avec une typologie des stations), et un peu plus généralement en Europe ; l'association végétale est "la réunion de toutes les plantes d'une même station" (1854, 1 : 134). Cet auteur offre environ un millier de pages de lecture.
Au début du XXè, elle se
développe avec Massart qui s'intéresse
aux points communs et aux
différences pour un type de station, en particulier en
Belgique
(surtout 1908 et 1910) ; il présente de nombreuses
observations,
souvent synthétiques et pertinentes même s'il ose
écrire p. 13 :
"à
chaque station correspond une association dont les
éléments
sont adaptés aux conditions" (ce
n'est bien sûr
qu'une lapalissade).
Il faut dire que dans chaque station cohabitent des taxons qui ont
différentes façons de s'adapter aux contraintes et possibilités du
milieu, et ceci parfois grâce à la cohabitation.
. La
station et son association :
Traditionnellement (depuis le 18è
siècle), on précise
l'habitat
de chaque taxon pour une aire géographique
d'étude
; c'est une réduction de la description du type de station
à
un ou quelques mots clés (état(-s) de
descripteur)
prioritaires.
C'est plus une notion d'autoécologie car le plus souvent (au
XIXè
en particulier) les auteurs ont seulement proposé de simples
listes
régionales de taxons par habitat. Mais des auteurs du
XIXè siècle présentent de simples
listes
d'espèces par habitat dans une région (ex. J.
Lloyd pour
l'ouest de la France).
La précision de la définition du type de station est théoriquement sans limites ; en pratique, il dépend de la variabilité des descripteurs (jugés déterminants) à l'intérieur des stations et de la précision de leur évaluation. Il en va de même de la délimitation de chaque station sur le terrain. Par ex. la profondeur du sol (ou d'un horizon jugé déterminant) peut être évaluée sur un nombre de points plus ou moins élevé dans la station ; on est ici à la limite du problème originel de la poule et de l'oeuf ; on peut évaluer l'incertitude de délimitation d'une station individuelle sur la base d'un descripteur (ex. la végétation) et, à l'intérieur de cette station, évaluer la variabilité d'autres descripteurs. Au sens large, la phytosociologie peut aussi être centrée sur un individu de plante (son espace vital) dans une localisation quelconque.
. Les aspects de la phytosociologie :
La phytosociologie diffère de la simple
description des
peuplements végétaux car elle s'envisage au moins
des
points vue de :
- la floristique (les différents taxons
qui se cotoyent),
la sociabilité,
- l'écologie (relations avec les milieux
abiotiques et
biotiques dont les plantes entre elles [=synécologie végétale]),
- la phénologie et les formes
biologiques (les
calendriers de végétation et de reproduction
-végétative
et sexuée-, hauteur en fonction des saisons et architectures
aériennes
et souterraines, durée de vie des individus et parfois des
diaspores),
- la réaction à l'ombrage
(héliophile vs.
sciaphile, en permanence ou en alternance en fonction du calendrier de
stratification -annuel en climat
saisonnier ou pluriannuel
par ex.pour les cycles d'exploitation en forêt-),
- l'espace (délimitation des stations,
répartition
géographique),
- le temps (historique -d'après l'allure
des populations-,
perspectives d'évolution en fonction de la gestion -stable
ou changeante-,
dynamisme).
Tableau I : Echelles spatiales de la phytosociologie.
| individu, taxon | station | |
| étude de cas | taxons vivant dans l'espace vital d'un individu (voire d'un organe) | 1 station donnée |
| étude statistique dans une aire géographique donnée | taxons vivant dans les espaces vitaux des individus d'un taxon | 1 type de station |
Tableau II : Echelles de temps de la phytosociologie.
| journée | calendrier annuel (sous climat saisonnier) | entre années | |
| descriptif actuel | horloge "de flore" (Linné, pour l'ouverture des fleurs) et d'ouverture des feuilles | phénologie commune et variations interindividuelles ; sommes de température (Bravais) | contraintes climatiques extrêmes ; érosion ou sédimentation accidentelles |
| retracer le passé | organes fanés | d'après organes morts | d'après l'allure des populations des différents taxons les unes par rapport aux autres |
| envisager l'évolution future | organes qui éclosent | organes en formation | d'après le sens d'évolution des populations et les réactions de chacune aux mesures de gestion... |
Les mécanismes de la complémentarité
des taxons d'une station sont des perspectives de recherche (fondamentale
et appliquée) capitales du point de vue des
adaptations et
co-adaptations. Ceci suppose une réflexion sur les
descripteurs
(biologiques des taxons à comparer entre eux, et
écologiques
-ex. faune-) à envisager pour montrer ou rechercher ce qui
détermine
la complémentarité.
2) Attention à la phytosociologie plus ou moins désintégrée !Au XXème siècle se sont développées des écoles plus ou moins rivales, se prévalant de la phytosociologie, centrées sur des floristiques figées et non explicitées (disons qu'elles recourent à des noms latins de plantes). Souvent elles utilisent une "nomenclature" qui "écorche" les noms de genres ou d'espèces de plantes en latin (des saints-taxons ?). Les pires sont celles qui se disent ou prétendent "étude scientifique". Il y a des colloques réservés à ces pratiques ou à leurs adeptes.
Une école dominante dans certains pays d'Europe est la "phytosociologie sigmatiste" qui adopte une classification hiérarchique (singeant celle de la taxonomie) sans véritable étude statistique de ces hiérarchies ; elle commence au début du XXè siècle. La notion d'association végétale y est étrange en étant entre autre basée sur une croyance dans "l'aire minimale" qui fait fi des problèmes de reproductibilité et répétition (liés à la richesse des emplacements les plus petits) des courbes "aire - taxons" (c'est-à-dire reliant les dimensions de l'échantillon au nombre de taxons rencontrés). La "zone homogène" et "l'aire minimale" servent à culpabiliser les jeunes chercheurs honêtes alors qu'ils échouent dans la mise en forme des données selon les coutumes de cette école. La référence à l'adaptation au milieu semble en partie écrite par Lapalisse ; pour l'autre partie, l'amplitude écologique de chaque taxon est disparue.
Chaque association y est décrite
théoriquement par
ce qui est appelé un "tableau élaboré"
; ce dernier
ne consiste habituellement qu'en des simulacres de statistiques peu
élaborées
sur les dits "relevés phytosociologiques" comportant
des noms de plantes (souvent des binomes) et des "coefficients"
combinant
une échelle de recouvrement, une sorte de densité
non explicitée
et particulièrement subjective (du style "peu abondant") et
une
dite "sociabilité" (dont les états
échappent à
toute logique élémentaire de statistique et d'échelle de perception). A
terme,
le nombre d'associations ainsi décrites risque de
dépasser le nombre
de taxons (en raison du nombre de ces derniers et de la
répartition géographique de chacun).
De plus, une sorte de phylogénie mystérieuse de ces associations semble implicitement admise. La présentation des listes de taxons dans les clés est dogmatique, sans statistiques entre les rangs. Il est difficile de faire le lien avec un plan d'échantillonnage ou une réalité naturaliste.
Cette pratique a déjà été dénoncée par P. Fournier (1936 - Les 4 flores de France. p.II) et surtout A. Chevalier (1953 - Revue Internationale de Botanique appliquée et d'Agriculture tropicale, 369-370 : 323-334 ; C.R. Académie des Sciences, 20 avril : 1520-1526, et 27 avril : 1620-1624).
Le paroxysme est atteint à la fin du
XXème siècle
avec la "phytosociologie synusiale et
intégrée",
désintégrée
de l'écologie végétale à de
nombreux titres,
en particulier :
- taxonomique : les taxa superiori
sont envisagés
dans des plans d'échantillonnage différents,
- floristique : il est impossible de
réviser le système
à chaque fois qu'un progrès est
réalisé dans
la distinction des taxons inférieurs (rassemblement,
éclatement,
délimitation),
- biologique : des critères
étranges, selon un
raisonnement binaire, de phénologie, de durée de
vie des
individus, de "types biologiques de Raunkiaer" (négligeant
la végétation
active), servent à élaborer des plans
d'échantillonnage
différents et indépendants,
- écologique : la
caractérisation des stations
des points de vue abiotique et biotique est
négligée ; l'assimilation
de la multidimensionnalité de l'écologie
à une variable
linéaire, non définie,
- bibliographique : la littérature
antérieure
à la création de cette pratique est
négligée
(notion de "paradigme scientifique"),
- géographique :
l'échantillonnage est surtout
nationaliste, avec une application en particulier dans d'anciennes
colonies
françaises.
La phytosociologie désintégrée peut énormément ridiculiser
la botanique.
La symphytosociologie pourrait être conçue comme une
forme de dégradation supplémentaire de
l'écologie végétale,
par exemple à l'échelle d'un bassin versant.
Un parallélisme avec la notion de "charabiat des imposteurs"
selon une expression de M. De Pracontal n'est pas à exclure.
En 2010, certains prétendent faire un colloque du 'centenaire de la phytosociologie' : le terme, comme la discipline, ont autrement plus d'un siècle. On penserait encore ici à de la tromperie et de l'usurpation. C'est le centenaire du début de la désintégration ?
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